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Qu’il soit fixe ou mobile, un réseau très haut débit représente un investissement très élevé pour un opérateur télécom ou un gouvernement. Pour être justifié, cet investissement doit rapidement prouver sa valeur, comme par exemple générer des revenus supplémentaires ou une réduction du churn dans le cas d’un opérateur, ou apporter de nouveaux services qui améliorent les conditions économiques et sociales aux citoyens et entreprises du pays.

Les avantages du très haut débit : bien plus que du débit

Les avantages perçus des réseaux très haut débit ne seront pas les mêmes en fonction des services et/ou des cibles adressées :

  1. Dans certains cas, c’est l’amélioration de la qualité de service et de la fiabilité de la connectivité qui sera la plus valorisée, avant même l’augmentation massive de débit ;
  2. Dans d’autres cas, c’est l’accroissement du débit qui va ouvrir la porte à de nouveaux usages très consommateurs de données ou faciliter des usages existants mais peu satisfaisants jusqu’alors, par exemple les services cloud ou les futurs contenus en 4K.
  3.  Enfin, dans le cas spécifique de l’Internet des Objets (IoT) ou du développement des services destinés aux entreprises, c’est la réduction de la latence – apportée par la 5G et la fibre - qui va rendre réellement possibles et sûrs des usages tels que la voiture autonome ou la chirurgie à distance.

Mettre en adéquation stratégie de services, choix technologiques et potentiel de marché

Une étude menée en 2017 a identifié que c’est dans certains pays les plus pauvres du monde que les tarifs du très haut débit sont les plus élevés : alors que les Britanniques paient en moyenne 43 USD par mois, les habitants de certains pays africains doivent débourser plus de 700 USD pour un service équivalent. Plusieurs facteurs jouent évidemment sur ces politiques tarifaires, entre autres les coûts de déploiement du réseau et le niveau de concurrence.

Si l’objectif est de démocratiser l’accès au très haut débit pour favoriser l’accès ou l’achat de nouveaux services, une étude préalable du potentiel de marché est indispensable. Les choix technologiques pourront aussi être adaptés par zone géographique pour trouver le juste équilibre débit/qualité/prix.

Une cible à prioriser : les entreprises

Quelle que soit la région du monde dans laquelle on se place, les entreprises utilisent déjà des services de connectivité fixe ou mobile pour leur business. Cependant, la performance de ces services n’est pas toujours du meilleur niveau, affectant leur productivité.

Grâce au très haut débit, les entreprises peuvent utiliser pleinement le cloud computing, que ce soit pour du stockage ou back-up en ligne, ou pour des logiciels en mode Software-as-as-Service. Le très haut débit permet aussi à un opérateur d’envisager la fourniture de services managés de connectivité mais aussi de téléphonie, de collaboration ou de sécurité avec des engagements de qualité de service élevés.

C’est aussi donner les moyens à l’Industrie 4.0 - mariage du monde physique et des technologies numériques telles que l’IoT, l’Intelligence Artificielle, la data analytics – de devenir réalité et de tenir toutes ses promesses. Ce marché, qui inclut des usages très variés comme la robotique industrielle intelligente ou la maintenance prédictive, est estimé à plus de 150 milliards de dollars en 2022 selon MarketsandMarkets.

Les entreprises, soucieuses d’innovation, de qualité de service et de fiabilité pour leurs activités critiques, seront donc des cibles prioritaires.

Quels services pour le grand public ?

Côté grand public, les choix sont aussi multiples mais la monétisation plus ardue.

En premier lieu, il est essentiel de maximiser la base d’acheteurs ou d’utilisateurs potentiels en parallèle du lancement de nouveaux services, en favorisant l’accès aux équipements adéquats : smartphones, tablettes ou PC. La démocratisation de smartphones low-cost à partir de 30 USD offre aujourd’hui au plus grand nombre l’opportunité de profiter des services. C’est d’ailleurs en partie grâce à cela que le nombre d’internautes en Afrique a augmenté de plus de 20% entre 2017 et 2018, selon Hootsuite /we are social ou Showmax, mais il reste cependant de nombreux pays où la pénétration reste inférieure à 50%. Un catalogue d’équipements abordables maximisera les efforts de conversion au très haut débit.

On constate que, dans les pays où les débits étaient déjà élevés, le besoin de très haut débit ne devient aujourd’hui criant que lorsque le multi-écrans se développe. En 2017, les foyers français possédaient en moyenne 5,5 écrans capables de diffuser de la vidéo ; ils étaient même 7,3 aux États-Unis. En parallèle, la consommation de vidéo en streaming provenant de fournisseurs tels que Netflix ou Showmax est aussi en constante augmentation sur tous les continents.

Dans ce contexte, la fibre ou la 4G apportent un confort d’usage tout à fait perceptible. La disponibilité grandissante de contenus en format 4K, avec notamment la diffusion dans ce format des matches de la coupe de monde de football 2018, devrait aussi permettre de valoriser les offres de connectivité très haut débit.

Certaines cibles, notamment parmi les jeunes générations, seront plus attirées, et donc prêtes à payer pour les améliorations de débit montant : stockage dans le cloud, upload (téléchargement) de photos ou vidéos sur les réseaux sociaux mais aussi diffusion en direct de vidéos en streaming seront des services attractifs.

Les amateurs de jeu en ligne apprécieront aussi les temps de latence réduits. Le très haut débit permet d’ailleurs d’envisager une nouvelle façon de consommer le jeu, en mode cloud, comme lancé récemment par la startup Shadow dans quelques pays d’Europe. Selon Cisco, le trafic internet lié aux jeux va être multiplié par 10 entre 2016 et 2021, et la vidéo à la demande (VoD) doubler pour représenter en 2021 l’équivalent de 7 milliards de DVD par mois.

Du côté des services publics, on pourra, grâce au très haut débit, enrichir facilement les services d’e-éducation par l’ajout de contenus vidéo. Côté e-santé, on pourra doter les postes de consultation à distance d’instruments beaucoup plus gourmands en bande passante tels que des machines de radiographie ou d’échographie. Au Gitex qui s’est tenu à Dubaï fin 2017, des chercheurs du King’sCollege de Londres ont présenté une innovation rendue possible grâce à la 5G : redonner le sens du toucher aux chirurgiens opérant  à distance par le biais d’un robot. Ces améliorations permettront d’augmenter les diagnostics réalisés à distance, d’accélérer les traitements et d’améliorer la qualité et la couverture des soins tout en optimisant les coûts.

Les usages ouverts par le très haut débit n’en sont finalement qu’à leurs débuts. L’arrivée de nouveaux contenus 4K et d’innovations s’appuyant sur le très haut débit destiné aux entreprises comme aux particuliers va en accélérer l’adoption. Les opérateurs et gouvernements doivent cependant être moteurs et proactifs dans le développement et le lancement de services auprès de leurs clients afin de rester maîtres de la rentabilisation de leur réseau, de valoriser leur investissement, de monter dans la chaîne de valeur et de différencier leur offre de connectivité. 

Rédigé par Fanny Millet, Senior marketing manager et Pierre Fiol, Directeur Conseil chez Sofrecom